
SHINING PROJECT - 10.02.2018

Cette sortie urbex s'est concrétisée complètement par hasard. J'étais dans la région pour un autre shooting, qui n'avait vraiment rien à voir avec l'urbex. Étant libre une partie de l'après midi, mais étant pris par le temps avec la nuit qui tombe tôt, je suis allé au plus rapide et j'ai donc appelé Emma, ma chère binôme, afin de savoir si elle connaissait un spot dans le coin. Et Emma l'infaillible m'a dégotté ce fameux hôtel. Connu de tous les urbexeurs du coin, le bâtiment, où du moins ce qu'il en reste, est en plein centre ville. Il a été visité, re visité, il a brulé, le toit s'est effondré..... Bref il ne reste plus grand chose. Mais il y a toujours moyen de faire de bons clichés, quel que soit le spot. Me voilà donc parti à cinquante kilomètres de mon lieu de "résidence". Le temps presse. Une fois devant le bâtiment, force est de constater qu'il ne reste plus grand chose de la magnificence de ce qu'a pu être ce lieu. Je décide de passer par l'arrière. L'avant de la bâtisse donne sur une grande place avec pas mal de passage. Et parfois, accéder au graal se gagne. Et ça va être le cas aujourd'hui. Me voilà devant un enchevêtrement de ronces, de branches, de buissons. Il me faudra prêt de vingt minutes pour parcourir les quarante mètres qui me séparent du lieu convoité. Je me trouve alors devant une dépendance de l’hôtel portant le nom de « Villa Rosita » Une dépendance reliée par une galerie de verre permettant de rejoindre directement l’hôtel de luxe. Un peu d'histoire.
La Belle Époque ! Paris, autour des années 1880. Une danseuse étoile et un ministre des Arts, bien intégré dans les milieux artistiques, un dandy, comme il y en avait beaucoup à cette époque. Des ingrédients dignes d’un film.
La France connait une période riche en divertissement et loisirs. Une période marquée de progrès sociaux, économiques et des mouvements d’avant-garde comme l’impressionnisme et L’Art Nouveau. La mode est aux grands hôtels, et le thermalisme y joue un rôle important. La danseuse étoile s’appelle Rosita Mauri. Fille d’un maitre de ballet espagnol. A seize ans elle vient à Paris où elle fait rapidement une carrière fulgurante. D’abord à l’Opéra Garnier, plus tard a la Scala de Milan. Elle se produit notamment à Vienne, Barcelone, Berlin et Biarritz.
Salies-de-Béarn, 1886. Lors d’un diner parisien, Rosita, victime d’une entorse qui guérit mal, rencontre le Docteur Foix, originaire de Salies-de-Béarn. Il la convainc d’aller faire une cure dans les thermes de sa ville. L’eau salée fait des miracles et elle décide donc, en toute simplicité, d'investir dans la construction d'un grand hôtel... Le "Grand Hôtel de France et d’Angleterre", un hôtel de luxe, à quelques dizaines de mètres des thermes. Avec l’arrivée du train en 1884, Salies-de-Béarn attire alors une clientèle considérable de curistes. Rosita fait également construire une villa à côté de l’hôtel, villa qui est reliée à l'hôtel par une galerie. Elle l'appelle logiquement la "Villa Rosita" et y reçoit l’élite du monde des arts de cette période, mais aussi Gustave Eiffel qui y séjourne avec sa famille.
Son amant, Antonin Proust, ministre des Arts et connu pour être le premier ministre de la Culture, commence une liaison avec Rosita. Mais en mars 1905 Antonin se tire une balle dans la tête et meurt deux jours plus tard. Est-ce à la suite du Scandale de Panama dans lequel il était impliqué ou à la suite d’une prétendue querelle avec Rosita chez qui il dinait deux jours plus tôt ? Cette dernière continuera de venir à l'hôtel et abandonne la danse à l’âge de 42 ans puis devient professeur dans ce même milieu. Elle habite Paris, mais durant la Grande Guerre elle séjourne à Salies-de-Béarn où elle donne également des cours. Elle meurt à Paris en 1923 à l’âge de 67 ans. Un petit peu oubliée et délaissée. Pendant la deuxième guerre mondiale "l'Hôtel de France et d’Angleterre" est réquisitionné par les Allemands. Deux cents militaires nazis y séjournent jusqu’en 1944. À la libération, l’hôtel est transformé en centre de réadaptions fonctionnelles. Puis l’abandon est progressif. Et en 1998, une des plus belles bâtisses prestigieuses datant de la belle époque, en plein centre de Salies-de-Béarn, est ravagée par un incendie. Plus tard, en fouillant dans les décombres, on a trouvé deux tableaux inachevés de Manet, bien enveloppés dans de la toile ciré. L’un représentant Rosita et l’autre représentant un dandy, probablement Antonin Proust. C'était la fin d'un des plus beau bâtiment de Salies de Béarn.
Revenons à nos moutons. Il y a une petite ouverture pour accéder à la "Villa Rosita", mais je décide de privilégier le grand bâtiment sur ma gauche, l'hôtel en lui même. Une fois à l'intérieur, je me trouve devant un couloir plongé dans le noir.... N'ayant absolument pas prévu de faire de l'urbex ce week end là, je n'ai ni lampe torche, ni trousse de secours, ni rien... Juste moi, mes pieds, mon boitier et un de mes objectifs. Bon, le smartphone étant une belle invention, c'est lui qui va me servir de lampe. Je l'allume, et là je me trouve devant un long corridor de près de cinquante mètres, un long couloir dans lequel ma progression va être freinée par une multitude d'objets tombés des étages supérieurs. l'incendie de 1998 a dû être d'une force inimaginable.... Il y a des baignoires, des bidets... des bouts de tables, de chaises.. Incroyable.
Arrivé au bout je me trouve dans ce qui devait être la cuisine de l'hôtel. Une porte sur la droite et j'arrive dans ce qui devait faire office de salon, de hall et de réception. Je progresse lentement, en faisant attention à chacun de mes pas, le lieu n'est pas sûr, loin s'en faut. Plus loin, dans le couloir derrière le hall de l'hôtel, se trouve sur la droite une porte d'ascenseur, complètement rouillée, puis j'arrive au niveau du grand escalier donnant dans les étages. Vu que je vois le ciel à travers les pièces du rez de chaussée, je ne me fait guère d'illusions quant à mes chances de grimper. Et effectivement l'escalier s'est totalement effondré lors de la chute des murs en 1998. L'escalier est coupé sec au niveau du premier étage, donnant dans le vide. On ne va pas s'y risquer, hein ? La rambarde est complètement brinquebalante, une grande partie pendouille dans le vide. Je prends quelques clichés et je décampe fissa. Au bout, avant de repasser par les cuisines je vois un petit escalier qui grimpe dans les étages. L'escalier de service certainement. En bois, très simple, mais solide. Je décide de monter. Que ce soit au premier comme au deuxième étage, je me trouve devant de longs couloirs qui n'existent plus, si ce n'est par les murs. Le sol est quasi inexistant. On voit les baignoires tombées dans les étages inférieurs lors de l'incendie. Assez fascinant. La nuit tombant, ayant cinquante kilomètres à faire, et une grosse journée le lendemain je décide de ne pas retourner voir les dépendances de Mademoiselle Rosita. Regrets.
Au final, un lieu complètement sens dessus dessous, dévasté, mais qui possède encore son âme, intacte. On ne peut qu'imaginer les soirées folles passées dans cet établissement à la fin du XIXème siècle, ainsi que au début du XXème. Malheureusement il ne reste rien, si ce n'est la superbe façade. Plusieurs projets sont passés par là afin de redorer le blason de ce joyau. Aucun n'a abouti. À tel point que les propriétaires ont fini par mettre en vente les lieux sur "Le Bon Coin"... Jusqu'à ce que l'on apprenne en Janvier 2018 que l'hôtel avait été racheté en ce début d’année par la municipalité pour la somme de 152 000 euros. C’est lors du dernier Conseil municipal de 2017, le 14 décembre, que l’accord avait été conclu de façon verbale avec les propriétaires.... Peut être un avenir radieux ? Il faut l'espérer.
Merci au site LE FIGUIER RAVI pour la partie historique.
PHOTOS HISTORIQUES
PHOTOS LAURENT



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