
THE RUINS PROJECT - 15.06.2019

Cela fait quelques longues années que je vais dans cette région, mais je n'avais jamais peaufiné mes recherches concernant les éventuels spots urbex. N'ayant absolument pas eu le temps de chercher sur Google Map, c'est donc à l'aveugle que je pars sillonner les routes du coin, espérant croiser quelques endroits intéressants susceptibles de pointer le bout de leur nez. Après plus d'une heure et demi plus que infructueuse, j'hallucine littéralement en voyant au loin, au milieu de...... Rien, le toit d'une grosse demeure. Enfin plutôt, je vois une charpente... Autant dire que avant même de m'approcher des lieux, je sais déjà que ce ne sera pas en bon état. Après avoir marché plusieurs minutes sur les bords du chemin, me voilà à pied d'oeuvre. Manifestement, et même si la bâtisse est, elle, bien abandonnée, les lieux sont tout de même utilisés par les éleveurs du coin afin de faire paitre leurs troupeaux. Mais aujourd'hui je suis chanceux, les vaches sont à l'autre bout du pré. Il faut dire que le château est vraiment situé en plein no man's land et entouré de vastes champs où paissent tranquillement équidés et bovins. Une fois passée la barrière par laquelle les troupeaux sont dirigés vers les différents endroits qui leur sont dédiés, je fais le tour du bâtiment et constate qu'une grande partie du toit s'est effondré. Une fois trouvée une petite porte ouverte, située sur le côté du monument, me voilà à l'intérieur. Mais force est de constater que les lieux ne sont pas du tout sécurisants. Il faudra revenir bien mieux équipé. Je quitte l'endroit, pour y revenir quelques jours plus tard...
Mais voilà, rien n'est jamais simple en urbex. Le jour de mon premier passage était un dimanche, et aujourd'hui, 48h plus tard, tous les paysans du coin sont en plein boulot. L'endroit est beaucoup moins calme... Il va falloir la jouer fine pour ne pas tomber sur une paire de cornes, ou une fourche belliqueuse... Armé de mon casque, de ma trousse a pharmacie et de tout mon matériel photo, me voilà embarqué sur les côtés du chemin faisant office de seul accès possible afin de se rendre jusqu'à la bâtisse, me tapissant derrière chaque arbre, chaque buisson, dès que le bruit d'un moteur de tracteur se fait entendre. Une fois passé le dernier portail en métal, je me trouve devant un terrain à découvert d'une vingtaine de mètres. Petit stress. Car il ne faut jamais oublier que, en urbex, nous investissons toujours des propriété privées. Et les gens du coin ne sont pas réputés pour leur finesse.... Mais tout se passe bien et, une fois le terrain vierge traversé, me voici prêt à faire le tour du bâtiment afin d'immortaliser la face arrière, avec sa belle tour. Puis, ensuite, rentrer dans la première pièce du rez-de-chaussée.

Alors autant le dire tout de suite, ce n'est pas ici que je vais pouvoir faire des photos de dorures, de tableaux et de pièces remplies de meubles. Tout n'est que chaos. Je me pose même la question de savoir si je vais monter à l'étage, et dans la tour. Un rapide tour des lieux m'apportera les réponses que je cherchais, à savoir que à l'étage il va falloir faire super attention, et que pour la tour, on oublie. L'escalier en pierre est en très mauvais état, et de toute façon il s'arrête en plein milieu, vingt mètres au dessus du sol. Mais direction le rez-de-chaussée pour le moment. Faisons les choses dans l'ordre.
Je reviens dans la pièce par laquelle je suis entré. Une carcasse de lit est posée sous un escalier. Le sol est complètement recouvert de gravats, de planches, le tout dans un entrelacs indéfinissable. La porte par laquelle je suis arrivé donne un petit peu de lumière, mais je suis bien content d'avoir pris mon spot LED. En face de moi , une porte, et surtout un bel escalier qui donne une belle photo en contrejour. Il va falloir que je m'arme d'imagination pour sortir des clichés intéressants. Une photo de chaque pièce, puis, beaucoup de macro..... Je décide de prendre l'escalier que j'ai en face de moi et de redescendre de l'autre côté une fois l'étage mitraillé. Au milieu dudit escalier je trouve une vieille boite métallique. J'essaye de lire ce qui est écrit dessus. Il s'avère que c'est une ancienne boite à gâteaux. J'essaye de lire les inscriptions, car l'objet est en piteux état, couverte de rouille... "Biscuits Brun - Depuis 1885". J'immortalise l'objet. Je continue de monter et me retrouve dans une pièce qui devait être une chambre car il y a un vieux sommier appuyé contre le mur, debout. Même constat que en bas, le sol est jonché de plâtre et de lattes de bois tombées du plafond. Dans le coin, en face de l'escalier, c'est une partie entière de la charpente qui est tombée, laissant entrer la pluie à chaque averse. Le parquet est friable. Je marche sur des oeufs. Et ce d'autant plus que je suis seul, Emma n'est pas avec moi. Je farfouille un petit peu à travers les débris et trouve un vieux journal. "La vie catholique illustrée" du 03 Mai 1952. Des conseils sur "Comment enrayer la calvitie", ou encore, pour les ménagères, "Rendre la vie de Monsieur plus facile". Autre temps, autres moeurs... Je trouve aussi une vieille facture d'un garage de la région. J'adore tomber sur ces vieilles reliques ! C'est une petite partie de la vie des gens qui ont habités les lieux. Une façon de se rapprocher d'eux. Car après tout, je suis en train d'immortaliser leur vie. Même si les lieux sont en très mauvais état...

Je décide de passer dans le couloir menant vers l'autre partie du château. Toute la partie se trouvant sur la droite s'est effondrée (Photo ci dessus). Autant le dire tout de suite, je ne suis pas serein du tout. J'immortalise la cheminée en suspension, prête à plonger quatre mètres plus bas. Intéressants sont, également, les lambeaux de tapisserie en tissu qui pendent, en prise avec les courants d'air, tels des voiles déchiquetées d'un voilier et s'agitant anarchiquement au gré du vent. Dessus sont imprimées des scènes de vie à la campagne. Des scènes de chasse. Reste encore, en dessous, l'ancienne tapisserie à fleurs. Au sol, toujours dans le couloir, se meurt une ancienne porte en bois.
Je file à l'autre extrémité du couloir et me trouve pratiquement à l'air libre. Je vois le ciel bleu, pris au travers d'un squelette de charpente. Les poutres défient les cieux, menaçantes. En y regardant de plus près, cela fait penser à l'ossature en bois d'une caravelle du 15ème siècle. Je me pose alors une question, le toit s'est il effondré à la suite d'un incendie ? Ou simplement à cause du temps qui passe.. L'humidité fragilisant sérieusement, et rapidement, les vieux bâtiments non chauffés l'hiver. Les deux solutions sont envisageables. D'autant plus que j'ai fait des recherches avec le nom du château, et je ne trouve vraiment aucune trace d'un incendie, à quelque époque que ce soit. Toujours est il que j'évite d'aller en dessous des poutres menaçant de s'effondrer à n'importe quel moment. J'immortalise le squelette de bois, très photogénique et file (Toujours sur des oeufs) vers la tour. Comme je disais un petit peu plus haut, l'escalier en pierre s'arrête à mi hauteur. Je prends des photos de la superbe charpente siégeant, fière, tout en haut. Combien de temps va t'elle encore tenir le coup avant que le toit ne s'effondre, lui aussi ? Mystère. Je prends quelques clichés de l'escalier en pierre, très photogénique, même si partiellement détruit.

Ne pouvant descendre, et pour cause, par ce côté ci de la bâtisse, je rebrousse chemin et repasse par "l'escalier à la boite de biscuits". Il me reste à "couvrir" le reste du rez-de-chaussée. Je passe dans une vieille cuisine dont il ne reste rien. Par ci par là je croise la route de vieilles marmites, de couvercles en métal, quelques fourchettes et couteaux. Au milieu de la pièce trône une vieille baignoire en étain, tombée avec le reste du premier étage. Elle est prise dans les ressorts d'un vieux sommier, lui même enchevêtré dans les poutres et autres lambeaux de bois tombés avec le plafond. La cheminée de la pièce au dessus, elle, est toujours en place, comme constaté plus haut lorsque j'étais au premier. C'est juste une question de temps pour que le bâtiment ne puisse plus la retenir et empêcher sa chute, irrémédiable. Inévitable.
Je passe dans la pièce adjacente. Pièce dans laquelle restent debout les armatures de la porte, ainsi que, comme dans le couloir de l'étage, des restes de tapisserie tissée (Photo ci dessous) Le tout étant également en très mauvais état. Je prends en photos de restes de verres. De vis. Des clés et autres vieux interrupteurs. Dans ce genre de bâtiments qui sont vraiment en très très mauvais état, il faut fouiller les décombres pour trouver des choses intéressantes, des objets rappelant les traces de vie des occupants. Pas toujours évident car cela oblige à passer du temps sur les lieux. Mais c'est tellement valorisant à immortaliser, et surtout passionnant.

Construit durant la deuxième moitié du XIXème siècle, le château est abandonné depuis plus de soixante ans. Enfin abandonné, pas vraiment, car il a changé de propriétaire en 1984. Mais bon, hormis les éleveurs qui se servent des champs aux alentours, du pigeonnier qui doit encore abriter des columbidés, le bâtiment principal avec ses deux ailes se dégrade lentement, mais surement. Combien de temps va t'il encore se passer avant que le tout ne s'effondre comme un jeu de cartes. Ne laissant que les murs comme témoins du passé glorieux de ce domaine de plusieurs hectares. C'est triste. On le répète à chaque fois, mais c'est tellement vrai. Pour le moment il fait encore le bonheur de quelques urbexeurs ayant la chance de le découvrir. Si c'est votre cas, juste un petit conseil, prenez vos précautions concernant la sécurité. L'endroit n'est pas du tout sécure.
PHOTOS LAURENT
Le visionnage des photos étant assez fastidieux sur cette page je ne peux que vous encourager à aller les regarder sur la page Facebook de Urbexer's. Liens des deux galeries ci dessous.
Si vous n'avez pas Facebook, visionnez les photos ci dessous. Vous pouvez les laisser défiler, mais vous pouvez aussi cliquer au centre pour les ouvrir en grand format non recardé.
DIAPORAMA 1
(37 PHOTOS)




DIAPORAMA 2
(27 PHOTOS)





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