
ORADOUR SUR GLANE - 12.11.2017
Il est difficile de se balader dans ce village martyr en voyant des touristes faire des selfies, rigoler, courir... Il y a des endroits ou il y a une forme de respect à avoir, une certaine discrétion et retenue à garder. C'est pour cette raison que j'ai choisi d'aller voir Oradour Sur Glane tôt le dimanche matin. Pour éviter l'effet de troupeau. Malheureusement pour moi il pleut des cordes, mais peu importe. Avant de pénétrer dans les lieux, une question me taraude : Dois je publier mes photos, et surtout peut on vraiment parler d'urbex lorsqu'on visite Oradour ? Non. Mais la visite est tellement émouvante que j'ai eu envie de partager ce moment. Et puis, il ne faut pas oublier...
Pour ceux qui ne connaitraient pas l'histoire de ce village martyr, petit rappel. Nous sommes le 10 juin 1944 lorsque le drame survient. Les auteurs de cette horreur appartiennent à la 3e compagnie du 1er bataillon de Panzergrenadier, commandé par le Sturmbannführer Adolf Diekmann, du 4e SS-Panzer-Regiment Der Führer. Cette division était basée spécialement dans le sud-ouest afin de lutter contre les maquisards galvanisés par le débarquement allié en Normandie. Constamment harcelée par les FFI (Forces Françaises de l'Intérieur), elle riposte par de sanglantes représailles. Le 9 juin 1944, à Tulle, libérée depuis l'avant-veille par la Résistance, 99 hommes sont pendus. Le 10 juin, après l'arrivée des Allemands dans le bourg d'Oradour-sur-Glane, le garde champêtre fait savoir aux habitants qu'ils doivent tous se rassembler, sans aucune exception et sans délai, sur la place du Champ-de-Foire situé à l'intérieur du village, munis de leurs papiers, pour une vérification d’identité. Les SS pénètrent dans toutes les maisons, et, sous la menace de leurs armes, obligent tout le monde, même les malades, à se rendre sur le lieu de rassemblement. Un à un, ou par groupes, conduits et surveillés par les SS, les villageois se massent peu à peu sur le Champ-de-Foire. Les Allemands vont aussi chercher des habitants des hameaux voisins. Les cultivateurs doivent abandonner leurs travaux en cours. Plusieurs personnes qui n'obéissent pas aux ordres sont abattues. Les SS divisent la population en deux groupes : d'un côté les femmes et les enfants, de l'autre les hommes. Ces derniers sont regroupés et répartis dans six lieux différents bien réfléchis, avec peu d'ouvertures pour ne pas s'enfuir : granges, cours, remises, où ils sont mitraillés, puis les corps sont recouverts de fagots et de bottes de paille auxquels les SS mettent le feu. Selon quelques rescapés, les Allemands tirent bas et dans les jambes de leurs victimes et le feu est allumé sur des hommes blessés et encore vivants.
Le groupe emmené et enfermé dans l’église comprend toutes les femmes et tous les enfants du village. Des soldats placent dans la nef, près du chœur, une sorte de caisse assez volumineuse de laquelle dépassent des cordons qu'ils laissent trainer sur le sol. Ces cordons ayant été allumés, le feu se communique à l'engin, qui contient un gaz asphyxiant (c'était la solution prévue) et qui explose par erreur, une fumée noire, épaisse et suffocante se dégage. Les Allemands décident donc de fusiller les habitants, puis de la paille, des fagots, des chaises sont jetés pêle-mêle sur les corps qui gisent sur les dalles. Les SS y mettent ensuite le feu. La chaleur était tellement forte qu'à l'entrée de cette église on peut voir les restes de la cloche, fondue et écrasée sur le sol. Des débris de 1,20 m de hauteur recouvraient les corps. Une seule femme survit au carnage : Marguerite Rouffanche. Son témoignage constitue tout ce qu'il est possible de savoir du drame. Elle a perdu dans la tuerie son mari, son fils, ses deux filles et son petit-fils âgé de sept mois. Le chœur de l’église comprenant trois ouvertures, dans un instinct de survie, Mme Rouffanche se dirigea vers la plus grande, celle du milieu et à l'aide d'un escabeau qui servait à allumer les cierges, elle parvint à l’atteindre. Le vitrail étant brisé, elle se jeta par l'ouverture. Après un saut de trois mètres, elle atterrit au pied de l’église sur un fourré et fut blessée par un SS en fuyant vers un jardin voisin. Dissimulée parmi des rangs de petits pois, elle ne fut délivrée que le lendemain vers 17 heures.
Les SS inspectent de nouveau les maisons du bourg, ils y tuent tous les habitants qui avaient pu échapper à leurs premières recherches, en particulier ceux que leur état physique avait empêchés de se rendre sur le lieu du rassemblement. C'est ainsi que les équipes de secours trouveront dans diverses habitations les corps brûlés de quelques vieillards impotents. Un envoyé spécial des FFI, présent à Oradour dans les tout premiers jours après la tuerie, indique qu'on a recueilli dans le four d'un boulanger les restes calcinés de cinq personnes : le père, la mère et leurs trois enfants. Un puits renfermant de nombreux cadavres est découvert dans une ferme : trop décomposés pour être identifiés, ils seront laissés sur place. Au total, 642 personnes ont été massacrées lors de cette journée.
Pour toutes ces raisons, vous comprendrez qu'il est très difficile de rester insensible lorsqu'on se ballade dans le village. Et ce d'autant plus lorsque vous êtes seul... Et il est encore plus difficile de retranscrire dans les photos l'émotion que l'on ressent, et le respect que l'on garde par rapport au lieu. J'espère simplement y être quelque peu arrivé.
PHOTOS LAURENT

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