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ISOLATION PROJECT - 29.01.2019

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                  Repérée quelques mois plus tôt à la faveur d'une visite sur un autre spot situé à moins de 500m, cette vieille ferme, depuis, m'intrigue. Tous les volets sont fermés. Manifestement un fermier se sert des champs qui entourent la maison pour faire paitre ses vaches. J'apprendrai plus tard qu'il n'est pas propriétaire, mais uniquement usufruitier de la verdure entourant le bâtiment, ainsi que de l'étable attenante. Nous sommes fin janvier, il fait froid, il pleut.... Et c'est contraint et forcé que je vais me garer à plusieurs centaines de mètres de ma cible, n'ayant d'autres alternatives possibles. Je marche le long de la route, sous la pluie. Les gens qui passent en voiture doivent se demander ce que je fais, ou si je ne suis pas fou. Arrivé devant le portail de la ferme, la première mission est de regarder si l'éleveur n'est pas dans le coin. Je reste quelques minutes dans le parc, le temps de trouver un puit derrière lequel me cacher, et une statue. Elle même attenante à un tombeau. Certainement un ancien propriétaire des lieux. Propriétaire qui doit se lamenter de voir sa maison se déliter, oubliée de tous.

 

                Après quelques minutes, il est temps de faire le tour du bâtiment afin de trouver une entrée ouverte (Règle numéro 1 : pas d'effraction). Rien sur l'avant de la maison, je décide donc de passer sur l'arrière. Et là c'est le choc en découvrant, posé dans le parc, un énorme buste en pierre de taille. Impressionnant. Vu la taille de la statue je pense qu'elle a été ramenée là depuis un bâtiment beaucoup plus imposant. Je l'imagine trônant sur le fronton d'un château appartenant à la famille. Et je pense que la bâtisse que j'ai devant moi n'était peut être pas qu'une ferme, mais certainement une résidence secondaire de quelque famille fortunée de la région... Il est temps de rentrer à l'intérieur, en me demandant bien ce que je vais pouvoir trouver. 

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                La première pièce dans laquelle je suis est une sorte de débarras où sont entassés nombre de choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres. Au vu du lustre qui orne le plafond j'imagine que la pièce n'a pas toujours eu cette fonction. Manifestement certains travaux ont été entrepris il y a quelques années car quelques sacs de ciment sont là, durs comme des rochers à cause de l'humidité. Quelques machines de chantier. Un coffre de voyage, vide. Des chaises longues, un vélo.... Bref du tout et du n'importe quoi. Je décide de faire un tour complet du rez de chaussée avant de monter à l'étage. Les premières pièces dans lesquelles je rentre sont dans le noir complet. J'avais bien fait de prendre ma lampe torche. Et ce que je découvre dans certaines pièces est assez particulier. Il y'a des endroits ou il n' y a strictement rien. Juste un cadre de tableau posé au sol et appuyé contre le mur. Ou des gravats. Certainement là suite aux travaux entamés. D'autres pièces servent aussi de débarras. Sur la table il y a des papiers, des journaux, des outils. Un vélo est même attaché à la table.... Des visites régulières voir quotidiennes auraient elles lieux ?  En y regardant de plus près, la selle est couverte de poussière. Fausse alerte. Je trouve dans une autre pièce une vieille télévision datant certainement du début des années 70. Je me souviens très bien de mes grands parents ayant le même modèle chez eux. J'avais une dizaine d'années...  Je continue ma progression en espérant que l'étage sera beaucoup plus intéressant. Effectivement, pour le moment, rien à signaler si ce n'est un grand et beau tableau  posé sur une commode, avec à son pied une hache rouillée. Étant toujours dans le noir intégral, j'ai légèrement l'impression de vivre un film d'horreur......

 

                 Je continue ma progression dans le couloir lorsque je découvre, sur la gauche, une échelle en bois. Bien sur, malgré le fait qu'elle risque de céder à tout moment, je monte. Pas envie de rater des pièces intéressantes... Mais elle fût coopérative avec moi... Une fois arrivé en haut je découvre tout de suite sur la droite une chambre. Enfin ce qu'il en reste. Je vois une commode qui tourne le dos à la porte, et juste à droite de cette dernière les restes d'un lit. Je dis les restes car effectivement celui ci ne rends vraiment pas hommage aux bonne literies d'antan, avec ces fameux matelas épais et remplis de plumes... Le sommier est orné de trous béants desquels sortent d'énormes ressorts. Fascinant. Le plancher manquant de céder sous mon poids je ne m'attarde pas trop... Et passe dans la pièce adjacente. 

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                  Manifestement je me trouve dans le grenier de la propriété. Un véritable capharnaüm règne ici. Des miroirs, cassés, ou pas, des meubles. Il y a même un vaisselier rempli. En face, des étagères ont été fixées au mur. Étagères sur lesquelles une multitude de trophées sont posés. Quand je parle de trophées c'est au propre comme au figuré. Il y a des coupes remportées lors de différents tournois sportifs, mais également des trophées de chasse qui prennent la forme de têtes empaillées. Têtes qui ont dû passer le plus clair de leur "vie" accrochées aux murs de la demeure. Il y a aussi des partitions de piano. Il ne manque plus que l'instrument, mais aucune trace de celui ci, que ce soit en bas ou ici même. Peut être aurais je plus de chance dans l'aile opposée...  Je vois également la statue en plâtre d'un cavalier. Le dit plâtre est en train de lentement se déliter. Dans quelques années il ne restera plus que l'armature intérieure qui elle, est en métal.

 

                Je décide de passer dans la pièce qui fait face à l'échelle. Dès que j'ouvre la porte une odeur pestilentielle m'assaille. J'avais oublié les vaches et leur étable... Les braves bêtes sont là, juste en dessous de moi. Je peux les voir à travers le plancher vermoulu. Plancher on ne peut plus fragile, et n'ayant aucune envie de me retrouver 8 mètres plus bas au milieu des bovins, je décide de ne pas faire long feu ici, et c'est a regret que je n'ouvre pas les différents coffres et armoires qui sont dans la pièce afin d'en photographier le contenu.  C'est toujours fascinant de trouver des morceaux de vie dans ces lieux... Mais à ce moment là, c'est la sécurité qui prime avant tout.. (Règle numéro 2 : ne prends pas de risques inconsidérés). Allez, direction l'aile Ouest de la maison, afin de prendre l'escalier principal et de monter voir ce qu'il se cache au premier étage. Quelques photos dans l'escalier où il règne une belle luminosité, et me voilà au palier du premier ou siège, tel le gardien éternel des lieux, un beau fauteuil Napoleon III décoré d'armoiries cousues sur le dossier. j'espère juste que les trois pièces de cette partie de la demeure seront plus intéressantes que l'aile Est et le rez de chaussée...

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                Je passe devant le "Gardien des lieux" et ouvre une petite porte qui donne dans un petit cabinet de toilettes. Cabinet de toilettes où il ne reste plus que un petit lavabo.  À gauche une pièce vide où sont entreposées des couvertures, des draps, le tout posé sur des rouleaux de laine de verre inutilisés. Un fauteuil isolé fait office d'ameublement. J'ai d'ailleurs de la compagnie avec une nuée de coccinelles asiatiques agglutinées sur le volet, côté intérieur. Ces coléoptères ont cette habitude de former un amas afin de se réchauffer durant l'hiver. Je décide de repasser par là où je suis arrivé et de rentrer dans la première chambre. Noire. L'obscurité est complète. Je décide d'ouvrir les volets afin d'avoir un petit peu de lumière. C'est toujours plus discret d'ouvrir au premier étage plutôt que au rez de chaussée... Lorsque je me retourne, je vois une petite chambre, dotée d'une cheminée sur laquelle est posé un cadre avec la lithographie d'un cheval. Il y a également un énorme grimoire posé sur la cheminée. Imposant. Énorme. Je crois que je n'ai jamais vu d'ouvrage aussi gros. Il s'agit du tome 1 du dictionnaire de Bayle, troisième édition, 1730.... Je n'ai pas les mots.... 

 

                Au mur, en face de la cheminée, un portrait de femme. Fascinant. Dernier vestige de l'occupante des lieux. À sa droite des étagères remplies de différentes collections d'ouvrages datant du XIXeme ou début XXeme. Dans l'armoire juste à coté de la porte d'entrée se trouve encore une robe de chambre suspendue à un cintre, et au dessus plusieurs étagères également remplies de livres anciens. C'est à ce moment que j'aperçois un coffre contre le mur. Je le fait glisser au sol afin de le mettre dans la lumière du jour, et l'ouvre. Au fond reposent plusieurs livres ainsi que des vieux journaux. S'y trouve également une pochette en velours gris. Je la pose sur une chaise et l'ouvre. Elle est remplie de photos. Pour la plupart très anciennes. Je dirais fin 19ème siècle. Les gens posent fièrement. On voit des photos prises dans le parc, à côté du puits. Il y a également des photos période première guerre mondiale où l'on voit des poilus posant fièrement, que ce soit des fantassins ou des cavaliers. C'est très touchant. Très beau. Quel témoignage..... Malheureusement tout cela est en train de disparaitre, oublié des descendants de la famille. 

                Un bruit de chaine.... Quelqu'un arrive. Je referme légèrement les volets, le temps de voir passer sur le chemin longeant la bâtisse un van avec un homme à l'intérieur. Le fameux éleveur vient faire sortir ses vaches à l'air frais... Je décide de me replonger dans les photos le temps de le voir repartir, afin d'éviter de marcher et de faire du bruit. J'espère juste qu'ile va pas rester deux heures... Mais une quinzaine de minutes plus tard le voilà qui reprends le chemin inverse... Je décide donc de passer dans la chambre adjacente. Dernière pièce de la maison à visiter.  

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                Lorsque je rentre dans la chambre, il fait là aussi totalement noir. J'ouvre donc les volets et me retrouve face à un lit recouvert d'une grosse couverture rouge. Manifestement il y a eu du passage car ont été posés sur le lit, des lampes, des livres.. des bouteilles de vin (vides) et divers petits objets comme un bel agenda, un étui à cigarettes en metal.. Au sol, sur le droite du lit, un tableau. Signé. Mon dieu mais comment peut ont laisser disparaitre autant d'objets de valeur. Que ce soit les livres, les tableaux, et même les lettres ou les photos... Ces objets sont là. Ils attendent. Mais quoi ? Une mort certaine. Lente, mais inéluctable. L'humidité va petit à petit grignoter tous ces souvenirs.... Le toit va finir par s'effondrer, comme dans bien d'autres lieux que nous avons visités, les emportant à tout jamais. Je m'approche du tableau. Une petite plaquette en bas m'apprends que c'est un "Don de l'auteur au cercle littéraire et artistique". L'auteur ? A. Gibert, alias Jean Amédée Gibert. Peintre originaire du sud est de la France, ayant connu sa petite heure de gloire au début du XXeme siècle, Légion d'honneur en 1923 et décédé en 1945. Et un de ses tableaux est là, posé dans une vieille maison abandonnée de tous, et manifestement tout le monde s'en fiche. Et surtout personne ne le sait. Que faire ??? Prévenir les propriétaires de la maison ? Impossible .. Je suis chez eux. Même si tous ces lieux que nous visitons sont abandonnés, ce soit des propriétés privées, et je n'ai rien à faire là, même si mon but est de ne laisser aucune trace et de ne rien voler. (Règle numéro 3...). Cruel dilemme. Ça me fait tellement mal au coeur de savoir que ce tableau va définitivement tomber dans l'oubli...... Si il ne l'est pas déjà. Mais c'est ainsi. Jean Amédée Gibert ayant été conservateur des musées de Marseille, peut être que quelqu'un de la région tombera sur cet article et sera interpellé part le fait de savoir qu'une oeuvre de cet artiste est en train de mourir...... Nous aviserons à ce moment là. Bref... ! Continuons notre progression photographique dans la pièce. 

 

              

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                J'adore ouvrir les tiroirs. Parfois ils sont vide. Souvent même. Et d'autres ils sont remplis de souvenirs. Je tombe sur des pochettes en papier sur lesquelles est écrit "Filet en cheveux naturels", mais aussi sur des photos, encore et toujours. Beaucoup de photos d'un homme, certainement le patriarche. Je doit être dans sa chambre, et la pièce juste à côté devait être la chambre de son épouse... Effectivement le côté masculin transpire partout ici, alors que dans l'autre c'est la délicatesse féminine qui prédomine. Revenons au tiroir..  Il y a également, chose incroyable, un petit porte photos datant de 1937 au nom d'un grand magasin de photographie de la région. À l'intérieur, des photos du patriarche, posant fièrement, quart de profil et habillé d'un costume. Dans l'autre volet je trouve des photos de sa femme et de ses enfants. Très émouvant. Il y a également le menu d'un diner, un porte monnaie gravé à la feuille d'or "Wien, Rathaus, 22 Mai 1907", un agenda portant le prénom "Thérèse", des factures... Il y a même des cartouches de fusil. Le reste de la pièce est en désordre. Un énorme tableau est posé au sol à côté de la cheminée, de grands miroirs également. La table de nuit est remplie de livres. Les traces d'une vie passée, défunte, sont partout. Comment ne pas être touché. Touché d'entrevoir la vie de ces gens, touché de savoir que tout, ici, va disparaitre, un jour. Au final une visite qui se termine en apothéose grâce aux deux dernières pièces, hautes en émotions. Il me reste a fermer les portes, et ce définitivement, du moins pour moi. Volets fermés sur tous ces trésors. Perdus. Et c'est la mort dans l'âme que je pars, tout en sachant pertinemment que je ne peux rien faire pour sauver les oeuvres présentes à l'intérieur.... C'est tellement injuste... 

 

PHOTOS LAURENT

Le visionnage des photos étant assez fastidieux sur cette page je ne peux que vous encourager à aller les regarder sur la page Facebook de Urbexer's. Liens des deux galeries ci dessous.

Si vous n'avez pas Facebook, visionnez les photos ci dessous, pour cela cliquez à gauche et à droite pour les balayer, ou cliquez au centre pour ouvrir un des deux  diaporama

DIAPORAMA 1

41 Photos

DIAPORAMA 2

41 Photos

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QUELQUES PRÉCISIONS UTILES

Pour des raisons de sécurité nous ne communiquons jamais les adresses des lieux que nous visitons. Nous n’encourageons personne à explorer ces lieux par ses propres moyens, car de nombreux accidents, parfois graves voire fatals sont à déplorer dans les lieux abandonnés. il faut le savoir. Abstenez vous également de nous demander l’adresse par message privé. il n’y aura aucune réponse de notre part, merci de votre compréhension. Sachez que lors de cette exploration, aucune dégradation n'a été commise. Aucune effraction n'a été faite pour pénétrer à l'intérieur. Aucun vol n'a été commis. Notre présence est simplement motivée par l'envie de mettre en valeur cet espace abandonné. Rien d'autre. Nous n’avons aucune information à ce sujet, mais si vous êtes propriétaire de cet endroit et que la publication photographique sur ce site vous gêne, nous procéderons à sa suppression immédiatement sur simple demande via notre onglet "contactez nous"

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