
DARK FLOORS PROJECT - 01.01.2019

Certaines visites de spots laissent des marques. Parfois indélébiles. Et je pense que cette sortie en solitaire (Oui je sais, ce n'est pas vraiment raisonnable...) va longtemps rester gravée dans ma tête. Se retrouver le premier jour de l'année, seul, dans une immense clinique, au milieu des courants d'air, le vent hurlant dans les interstices laissés à sa prise, et les portes claquant afin de te montrer leur mécontentement quant à ta présence.... Ça laisse des traces.
C'est à la faveur d'un séjour en solitaire à l'étranger que je décide de passer cette première journée de la nouvelle année dans cette clinique abandonnée. Allez comprendre... Quant la passion est là, on ne tergiverse pas. Je décide de partir relativement tôt car j'ai plus d'une heure de route afin de rejoindre ma cible. Et surtout, je sais que je vais passer du temps, beaucoup de temps, dans cet endroit. Car c'est juste immense. 4 étages, des combles, un sous sol, et une foule de choses à voir et immortaliser. J'espère juste que le spot ne sera pas trop dégradé par les graffeurs et délinquants du coin. Mais étant donné qu'il est archi connu dans la région, je ne me leurre pas sur ce dernier point. Arrivé sur place à 10h. Et lorsque je me trouve devant le bâtiment, je me dis que j'ai bien fait de prévoir des sandwichs et de l'eau. Je vais passer un temps fou à l'intérieur de cette carcasse. Mais tellement tentante. mon petit coeur bat à tout rompre, la petite boule d'excitation au creux de l'estomac est là. Let's go ! Je décide de commencer par les sous sols et de monter, passer d'étage en étage... Puis, en redescendant, refaire un tour dans les pièces les plus intéressantes afin de voir si il y a encore des choses a immortaliser.

Je commence donc par le sous sol, malgré la tentation immense de monter directement au dessus afin de voir dans quel état est le bâtiment. Mais non je garde la surprise. La première pièce que je visite est une grande salle. Certainement une salle de repos pour les soignants. Ça y ressemble en tout cas. Il ne reste plus rien, des tags sur les murs me montrent déjà que le site est visité. Souvent. Je repasse dans le couloir, noir, et allume ma lampe torche. Mes pas crissent sur des morceaux de verre cassé, pilé. Dans mon dos, le vent continue de s'engouffrer par la porte avant de venir langoureusement caresser ma nuque. Je mets ma capuche avant d'attraper du mal... J'aime les caresses mais pas en traitre. Sur ma gauche, du noir. je dirige le faisceau de ma lampe et me trouve nez à nez avec le bas de la cage d'ascenseur. Vide. la cabine doit être dans les étages supérieurs. A ma droite se trouve un escalier de service dont les murs sont recouverts de tapisserie rouge. Saisissant.
Quelques mètres plus loin, un faisceau de lumière venant de la gauche attire mon regard. Le secrétariat de l'établissement de santé. Tout est en vrac. C'est terrible. Les dossiers sont encore en place, avec sur leur tranche les années. "Comptes 2004" "Dossiers patients neuro 2007" "Attestations arrêts de travail 2011"... incroyable. Tout a été laissé là. Le sol est jonché de papiers de toutes sortes. Certains s'en sont donnés à coeur joie. Malheureusement. Bande d'abrutis. Quel est l'intérêt de tout mettre en vrac ? Ça vous donne l'impression d'avoir une vie ? Ça vous fait plus de vues sur Youtube ??? T'sss.... Pathétique. Je ressors du bureau et me dirige vers le fond du couloir. C'est alors que je me fais happer par un trou noir. Sur ma gauche j'entends une plaque de métal cogner contre je ne sais quoi. Je tourne le faisceau de ma lampe et me trouve nez à nez avec une vieille machine de radiologie et son long bras tentaculaire qui manque de m'agresser le visage. Avec la surprise j'ai un mouvement de recul. J'immortalise la chose, tout en me disant que c'est quand même dingue de trouver ce genre de matériel ici, en train de rouiller... N'y avait il rien d'autre à en faire ?

Au fond du couloir, une petite porte. Le noir complet. Brrr c'est lugubre. Pas de peinture au mur mais du béton. Brut. Froid. Rugueux. Antipathique... Les pièces que je trouve sont toutes très petites. À peine plus grandes qu'un placard. Dans l'une d'entre elles il y a des barres chocolatées encore enveloppées. Dans une autre des paires de bottes. Dans une troisième des télévisions hors d'usage. Je tombe nez à nez avec une table d'auscultation. Terriblement mal à l'aise je prends le parti de quitter les lieux rapidement après avoir immortalisé ce que je voulais. J'ai juste l'impression d'être dans un film d'horreur et que je vais voir surgir derrière chaque porte un psychopathe masqué en voulant à ma peau.... Terrible. Bon maintenant le tout est de trouver la sortie de ce terrible labyrinthe. Je décide de quitter ce niveau pour monter au rez de chaussée qui lui, ne sera pas plongé dans le noir... Et c'est effectivement le cas. Mais il n'en est pas moins lugubre. Je me trouve à l'entrée principale de la clinique, avec son porche et ses portes coulissantes... Qui ne coulissent plus. Autant dire que les vandales sont passés par là, il n y a plus une seule vitre intacte. Le hall est assez grand, et devait être très accueillant. Ce qui semble normal pour un hall... d'accueil. Bref. Des boiseries au mur, au plafond, et surtout un superbe escalier en bois qui monte dans les 3 niveaux supérieurs. Magnifique.
Mais pour le moment je décide de partir de là bas, tout au fond du couloir et de remonter pièce par pièce. Au bout du couloir une petite salle d'attente, avec une télé encore accrochée au mur. Pas un écran plat hein, mais une télé à tube comme on en faisait encore dans les années 90. Jadis quoi.... Puis je commence à remonter le couloir et visiter les chambres. Elles sont toutes spacieuses. Et certainement individuelles, car dans toutes celles où il reste du mobilier, c'est un seul lit à chaque fois. Un seul emplacement pour la télé. Une seule armoire. Bon après, ne vous imaginez pas que tout est propre et nickel.. Manifestement il y a énormément de passage dans cette clinique et autant dire que certains s'en donnent à coeur joie pour tout casser.... Bêtise sans limites. Photographiquement c'est assez inintéressant car toutes les pièces se ressemblent. Une clinique quoi..... Alors par moment un balcon a une jolie vue, le mobilier vaut la peine d'être immortalisé.... Mais sinon.....
Je décide de passer à droite de l'escalier et de filer dans le petit couloir sur la droite dont j'entends les appels désespérés pour m'attirer en son sein... Je passe ce qui devait être manifestement les cuisines. Je traverse les pièces et me retrouve à l'extérieur, avec à ma gauche, une porte. Que je pousse. Forcément. Je me retrouve tout de suite dans un autre monde, car je suis dans une petite chapelle. Les vitraux sont encore intacts. très colorés. Ce qui semble incroyable au vu des dégradations que je viens de voir dans ce que j'ai déjà visité de la clinique. Il doit y avoir une centaine de places pour les fidèles, l'autel est en bois. Encore en bon état. Une bible ouverte.... J'immortalise les lieux. C'est étonnant car simplement en poussant une porte c'est un changement total d'ambiance. (PS : je suis retourné dans la clinique Mi Avril 2019, et tous les vitraux avaient été brisés. Certains ont voulu récupérer le plomb. Pas les mots...) Je ressors de la chapelle par où je suis rentré, remonte le petit couloir dont le plafond manque de me tomber sur le crâne, et j'arrive directement en face d'une très grande salle. Surement la salle à manger. Les murs ont été tagués, des jeunes ont essayé de monter une sorte de skate park avec du mobilier en bois. à l'époque, prendre son repas ici devait être très agréable avec cette belle vue sur le parc. Je décide de sortir par une porte se trouvant à l'opposé de celle par laquelle je suis entré. Petit couloir. Ensuite j'ai le choix. Soit je file sur la gauche pour sortir du bâtiment ou passer à droite et filer dans un couloir sombre. Mais attiré par la lumière je décide de sortir et de faire des prises de vue de l'extérieur.... Mais un prolongement du bâtiment attire mon regard... Je décide de m'y rendre et tombe nez à nez avec une piscine intérieure. Enfin, je serais tenté de dire une piscine de rééducation. J'imagine que les gens présents dans l'établissement n'y étaient pas pour le plaisir... Autant dire que l'état du bassin est déplorable après tant d'années. La machinerie est encore là. C'est tout de même assez fascinant....

Je décide de repartir en arrière et de revenir à ma deuxième possibilité au sortir de la "salle à manger", à savoir le couloir plongé dans le noir. Cette clinique est un véritable labyrinthe et je suis là depuis deux heures en me demandant combien de temps je vais rester étant donné que j'ai encore trois niveaux à voir, plus les combles, et éventuellement les toits.... Bref ! Me voilà dans le fameux couloir, lampe torche allumée... Je passe devant les restes d'un piano, complètement démembré. À savoir que ici ne restent que les cordes, les marteaux et les chevilles. J'imagine que l'autre partie va se trouver quelque part sur mon chemin... Je n'ai d'ailleurs pas à attendre longtemps car en poussant une porte je me trouve dans une salle immense. Salle qui devait être une salle de repos. Une gigantesque baie vitrée donne sur le parc, peut être quinze mètres de long. La vue devait être très reposante. Les trois autres murs sont entièrement recouverts par des bibliothèques. Enfin ce qu'il en reste. Certaines ont encore quelques livres par ci par là. Les autres bouquins ont dû être volés. brûlés. Allez savoir. À certains endroits toutes les oeuvres ont été jetées à terre par quelques sinistres individus s'imaginant que cela pouvait donner un sens à leur pauvre vie misérable.... Bande de niais. Cela donne pourtant lieu à quelques photos intéressantes. Au centre de la pièce trônent encore une table et quatre fauteuils. Misérables. Solitaires. Ils sont là, posés. Attendant le prochain patient qui n'arrivera jamais... À côté de cette petite mise en scène, les restes du piano. Je pense que ceux qui se sont amusés à balancer les livres à terre s'en sont pris également au vénérable instrument sans défense. Se trouvent ici le clavier, la table d'harmonie, tout le mécanisme, ainsi que bien sur le cadre. La bêtise humaine est manifestement en marche.. Vous comprenez mieux pourquoi nous ne donnons pas les localisations de nos spots... Pour éviter ce genre de dégâts. Bon après, je pense que cette clinique n'a pas besoin de ça pour se faire dépouiller, c'est un spot archiconnu dans la région et nul doute que même sans ça, elle devait finir ses jours de cette façon.

Bon, presque trois heures que je suis là, et il est peut être temps de monter dans les étages... Étages où, bien sur, étaient toutes les chambres des patients. Un couloir central et toutes les pièces disposées à gauche et à droite, toutes donnant sur le parc. Je ne vais pas être très long car les trois niveaux sont similaires. Et photographiquement parlant on ne peut pas dire que cela fût passionnant. Certaines chambres sont encore intéressantes, certes. Il y a encore des lits, des armoires... mais lorsque vous en avez photographié 3 ou 4, bon.... Ce qui peut faire la différence c'est la luminosité dans certaines pièces. Les ombres, le soleil. Certains balcons sont envahis par les ronces qui reprennent leurs marques. Leurs branches enlacent amoureusement tables et chaises laissées là, à l'abandon des éléments sur certaines terrasses. Les chambres étaient spacieuses pour certaines. Avec de grandes terrasses ombragées. Clinique haut de gamme... Lorsque l'on retombe sur des photos du temps de sa splendeur et que l'on voit l'état dans lequel elle est maintenant, cela fait vraiment mal au coeur. Je prends le temps de faire les trois étages, pièces par pièces. Cherchant le petit détail qui fera la différence afin de faire une bonne photo. Une salle d'attente avec deux fauteuils encore à leur place. Des décorations de Noel oubliées là, encore accrochées au plafond. Mais il est temps pour moi d'aller sur le dernier niveau du bâtiment. À gauche une petite pièce qui, manifestement, devait stocker les archives. À droite deux petites marches pour arriver dans les combles. Juste après l'entrée, sur la gauche, une petite pièce remplie de fascicules et d'ouvrages de médecine. Tous, où presque, axés sur la cardiologie. Au sol beaucoup de cartes de voeux. "Bonne année 2004".. "Meilleurs voeux et merci pour tout (Janvier 2009)".. Rigolo de trouver ça ici alors que nous sommes le 1er janvier...
Direction les combles. Un long petit couloir central avec à sa droite et à sa gauche la charpente. Du matériel médical est stocké là. Beaucoup de tensiomètres électroniques. Énormément de dossiers médicaux de patients étant passés entre les murs de cette institution. Des radios. Beaucoup de radios. Un fémur par ci, des côtes par là... Un crâne avec une grosse fracture. Il y a les noms, les dates. C'est effarant, mais également très touchant. Une partie de la vie de ces gens est là, dans l'oubli le plus total. Au milieu des combles, un petit couloir part sur la gauche et la droite. Comme l'impression d'être dans le transept d'une église. Je tire une porte et me retrouve sur le toit de l'édifice. Long de plus d'une centaine de mètres. Le toit est entièrement fait en tuiles canal afin de faciliter l'écoulement de l'eau dans les couloirs parallèles au toit et disposés sur la gauche et la droite du bâtiment. Le ciel est noir, chargé.. La pluie va arriver. Le batiment est encore en bon état dans son ensemble, hormis les dégradations habituelles des casseurs et graffeurs. Mais le jour où les infiltrations d'eau commenceront, cela sonnera le glas de l'immeuble. Comme beaucoup de bâtiments abandonnés.. Pour le moment je constate qu'il fait sombre. Je regarde ma montre. 18 heures ! J'ai passé plus de huit heures à l'intérieur de cette clinique... Sans voir le temps passer. Sans croiser personne. Ayant juste la compagnie des portes qui claquent et de quelques fenêtres qui se brisent sous l'effet des courants d'air. je repasse dans les combles et tombe nez à nez avec un standard téléphonique datant vraisemblablement des années 50. Il y a encore les prises jack, le cadran du téléphone. L'armature en bois est abimée mais le tout est en bon état. Fascinant de trouver cet objet ici. Il me reste à faire quelques photos de l'extérieur, de l'entrée principale, du parc. Et de partir tout en méditant sur le fait que l'urbex ce n'est pas que châteaux anciens et vieux manoirs, mais aussi quelques bâtiments modernes, abandonnés là pour quelques raison financière, faillite, ou je ne sais quoi. Bâtiments qui pourraient très bien être récupérés pour loger des familles dans le besoin... Mais cela est un autre problème. Pour le moment il est temps de filer, et de retourner dans mes pénates... La tête remplie d'images saisissantes. Images que je vous laisse le loisir de regarder ci dessous, ou sur la page Facebook de Urbexer's.
PHOTOS LAURENT
Le visionnage des photos étant assez fastidieux sur cette page je ne peux que vous encourager à aller les regarder sur la page Facebook de Urbexer's. Liens des trois galeries ci dessous.
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DIAPORAMA 1
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DIAPORAMA 2
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