
THE BABY PROJECT - 07.04.2019

C'est un petit peu à l'aveugle que je pars vers ce spot. J'ai repéré la piscine sur Goole Map, piscine qui paraissait vide et sale. Ayant posé quelques questions à Google, j'ai eu la confirmation que le bien était bien abandonné, mais piégé (Merci aux précédents urbexeurs de passage...) On trouve quelques photos par ci par là avec des panneaux le signalant. Hé bien voilà autre chose..... C'est donc avec une foule de questions en tête que je remonte le long chemin bordé par deux rangées de platanes... La vue sur les alentours est superbe. Des vignes, des vignes... Nous sommes dimanche. Tout est calme. Bonheur. Je fini par arriver en face de la bâtisse, et vu l'état des escaliers et de la façade il est évident que personne n'a habité ici depuis de longues longues, longues années... Le bâtiment a quelque chose de très féminin. Une certaine élégance. De la prestance. Qu'il devait faire bon passer de longues journées à lézarder dans le parc, ou se baigner dans la piscine située à l'arrière du château... Puis en m'approchant je tombe effectivement sur des panneaux cloués aux volets : "Attention Pièges". Bien bien bien bien bien..... Que faire ? Est-ce du bluff ? De toute façon, me connaissant, je sais que je vais aller jeter un oeil, même deux. Et puis ce serait dommage d'être venu jusqu'ici pour faire demi tour maintenant.... Ma binôme n'est pas avec moi, prise par d'autres occupations, mais elle sait où je me trouve. Si jamais pas de nouvelles en fin de journée....... Bref....
Il est temps de trouver un passage pour essayer de me glisser à l'intérieur du château. J'opte par le côté gauche, car le côté droit passe le long d'une route. Essayons d'être discret... Coup de chance, dès que je tourne au coin du bâtiment et me trouve sur l'arrière, je trouve un passage vers les sous sols. Un petit peu de contorsion et me voilà à l'intérieur. Attendant qu'une bombe artisanale explose, ou qu'une massue me tombe sur la tête..... Mais rien ne se passe. Le seul piège visible est un cadavre de corbeau en cours de décomposition. Charmant. De mauvais augure ? Je progresse tout de même avec attention dans la cave. Hormis une grosse chaudière, il n y a vraiment plus grand chose. J'espère que le rez de chaussée sera plus intéressant. Après avoir tourné dans les soubassements plusieurs minutes, je me trouve face à un escalier en pierre, très étroit. Voilà le passage vers les étages supérieurs. Si il doit y avoir un piège, c'est ici et pas ailleurs. C'est avec beaucoup de méfiance que je monte les marches, une à une, tout en regardant tout autour de moi grâce à mon éclairage LED, ce afin de voir si il n y a pas un système quelconque prêt à me découper en rondelles. Et c'est avec un certain soulagement que j'arrive en haut des marches, pour malheureusement constater que une partie du plafond est tombée et me bloque en partie le passage... C'est moi ou rien ne va être simple aujourd'hui.... ? J'opte pour la pièce à ma gauche... Nous irons voir à droite plus tard. Après être passé devant ce qui devait être des toilettes, je me trouve dans une grande pièce couverte de boiseries aux tons grisonnants. Le plafond est à plus de quatre mètres de haut. C'est superbe. Certainement une ancienne salle à manger ou un vieux salon.... Malheureusement le revêtement du plafond est complètement tombé au sol. mais la pièce a un charme fou (Photo ci dessous).

Je prends quelques clichés. En face du meuble qui devait accueillir les services de table, il y a une ancienne cheminée en partie démontée. Aucune trace de chauffage moderne. Je serais bien curieux d'apprendre depuis combien de temps la demeure est abandonnée... Avant de prendre les petits passages en quête de présence et qui m'appellent de leurs grands voeux, je décide de passer de l'autre côté de l'escalier d'accès, donc dans la pièce de droite.. Je reviendrai inspecter les petites pièces arrières plus tard .. Je repasse par le haut de l'escalier avec le risque de m'écorcher le front sur les parties du plafond en suspension.. Et surtout en évitant de faire bouger quoi que ce soit au risque de tout me faire tomber sur la figure...
Me voila enfin dans la pièce à droite de l'escalier. Certainement la cuisine. Il reste des meubles remplis de vaisselle et d'ustensiles. Des bols, des louches, des fourchettes et des couteaux. Pas les beaux services d'apparat, mais les services du quotidien, peut être même la vaisselle du personnel... Certains bocaux en verre jonchent le sol, cassés, ce qui peut donner de belles photos. Mais pas grand chose a se mettre sous l'objectif. Je passe dans la pièce suivante. Dès que je rentre j'ai comme une sensation étrange qui m'oppresse. Est ce le poil en bronze ? Est ce l'installation style trapèze (Shooting ?) suspendue au milieu de la pièce ? Je n'en sais rien. Je fais des photos du lieu, immortalisant le superbe poil à bois. L'installation date certainement de la fin du 19eme siècle. Mais pourquoi avoir obstrué cette cheminée ? Étrange. Pas grand chose d'autre a se mettre dans la carte mémoire... Aucun meuble si ce n'est une petite table a droite de la cheminée... D'ailleurs deux portes entourent cette dernière... Droite ou gauche ?? Gauche. La tapisserie rose m'attire... Allez comprendre.

La sensation oppressante que je ressens depuis quelques minutes s'accentue lorsque je rentre dans cette pièce. Je suis dans le noir le plus complet. J'ai même un sursaut lorsque mon éclairage rencontre un vieux landau. Il est là. Posé au milieu de la pièce. C'est lugubre. J'en viens même à soulever la couverture se trouvant à l'intérieur, persuadé que je vais trouver le cadavre d'un nouveau né... N'importe quoi. par contre il n'est pas rare de trouver des poupées en urbex. Mais non, le couffin est vide. Néanmoins, cette sensation oppressante est toujours bien présente. Je fais quelques photos de la tapisserie qui se décolle, de la cheminée. Je joue avec les ombres du couffin après avoir placé mon éclairage.. Pas de meubles. La pièce sent l'humidité. Dans quelques années nul doute que tout cela sera en bien plus mauvais état. Quel dommage. A droite de la pièce, une porte donne sur un escalier en bois qui monte au premier étage. Mais ce sera pour plus tard, je dois continuer d'inspecter le rez de chaussée.
Je passe devant l'escalier et prends la porte en face de moi. J'arrive dans une pièce totalement noire. Aucune fenêtre, même calfeutrée, donc aucune lumière. Et toujours cette sensation.... Je me dépêche d'allumer mon LED. Je me trouve certainement dans la pièce qui servait a faire les lessives. Dans un coin un vieux lavoir. Des fils sont tendus au milieu de la pièce, il reste encore quelques pinces à linge accrochées. Sensation bizarre d'imaginer le personnel s'activer ici. J'ai l'impression de les voir étendre les draps, les nappes. ils sont là, avec moi, autour de moi. Virevoltants au milieu des tissus humides. Pouffant comme de jeunes adolescents. Je passe par la porte sur ma droite et me retrouve dans une nouvelle pièce noire qui devait être la salle à manger du personnel. Il reste deux tables en bois, ainsi qu'un miroir agrémenté de portes manteaux. Le tout dans un style très années folles. Je passe par la seule porte disponible et me retrouve de nouveau dans la grande pièce où se trouve le poil à bois. Il est temps de partir dans l'autre aile du château.. Je repasse donc dans la grande pièce aux boiseries grises visitée au tout début de mon incursion, et file directement au fond de celle ci afin de prendre la petite porte cachée qui me faisait de l'oeil.

Après être passé dans une tout petite pièce dans laquelle trône une superbe chaise orange (Allez comprendre...) je me retrouve propulsé dans une chambre où sont entreposés trois lits. Enfin ce qu'il en reste. C'est à dire uniquement les armatures métalliques. Je place mes éclairages de façon a créer des ombres saisissantes. Elles le sont. Et même limite angoissantes. Je passe pas mal de temps ici afin de trouver des angles, des ombres, des ambiances... Mais bon, c'est pas tout ça mais je dois filer à l'étage. C'est en voulant rejoindre les pièces principales que je trouve un petit escalier sur ma droite... Je le monte mais un tuyau d'évacuation en plastique me barre le passage .. Encore une énigme. Pourquoi mettre un tuyau perpendiculaire à un escalier... Et à hauteur de visage...
En haut, une simple petite pièce dont l'unique fenêtre (cassée...) donne sur l'escalier monumental extérieur à l'avant du château. Des piaillements me font tourner là tête sur la droite et, au fond de la pièce, caché par une poutre, je trouve un nid habité par cinq oisillons. C'est à ce moment là que je m'aperçois que, depuis que je suis là, je perturbe leur mère qui passe, virevolte et repasse devant la fenêtre cassée sans pouvoir y rentrer du fait de ma présence. La pauvre doit être terrorisée à l'idée que je fasse du mal à sa progéniture. Elle piaille à qui mieux mieux afin que je déguerpisse, et je décide donc de redescendre sans demander mon reste. Je traverse à nouveau toute la longueur du château afin de prendre le grand escalier vu à côté de la petite cuisine située à l'opposé. Celle où le personnel étendait les nappes et les draps.. Je monte l'escalier en bois en faisant bien attention à la solidité des marches et arrive à l'étage. Les fenêtre ne sont pas closes comme en bas, et la lumière de fin d 'après midi est superbe. Enivrante.

Autant le rez de chaussée était à peu près en bon état malgré les plafonds tombés et le désordre ambiant, autant ici il n y a vraiment plus rien. Manifestement des travaux avaient été commencés. Des sacs de ciment sont entassés dans un coin de la première grande pièce que je traverse. Une cuisine comme en témoigne un vieil évier. Pièce dont il ne reste plus que les murs, le plafond, et le plancher... Enfin le plancher, c'est vite dit. Je marche sur des oeufs. Il y a quatre grandes pièces en enfilade. Toutes sont dans le même état. Il n y a que la dernière, là bas, tout au fond à droite, dans laquelle subsistent les restes d'un ancienne cheminée en partie démontée. De gros blocs de pierre sont entassés devant l'âtre. Était ce pendant les travaux ? Ou bien des personnes mal intentionnées sont elles passées dans le coin et ont essayé d'embarquer les pierres afin de remonter la cheminée ailleurs ? Manifestement ils ont abandonné leur entreprise devant l'ampleur de la tâche. Je me faufile dans un petit escalier espérant arriver sur les toits, mais ce n'est qu'un grenier sans aucune autre issue. Je pense que l'escalier partant dans la tour, là bas, à l'autre bout, est celui qui permet d'accéder aux toits.. Je remonte l'enfilade de pièces, et découvre une petite porte que je n'avais pas vue de prime abord. J'entrouvre et tombe nez à nez avec un très beau lavabo en céramique. Juste derrière, une baignoire en fonte, avec encore accroché aux robinets son tuyau de douche agrémenté de son pistolet. La pièce est totalement insalubre mais cela donne de belles photos. Une petite lucarne donne sur l'avant du parc. Je retourne dans la première pièce celle des sacs de ciment... Et décide de prendre le petit escalier en colimaçon qui remonte dans une tour....

Au milieu des escaliers je fini par apercevoir la lumière du jour qui affleure. Bingo. Cette fois ci c'est bien l'accès aux toits. Une fois devant la dernière marche, force est de constater que la porte a été défoncée. L'accès s'en trouve facilité. Allez, c'est le moment de faire un petit peu l'histoire des lieux. C'est Pierre de G. qui, par charte royale durant l'année 1334, eut la permission de construire sur ses terres un château fort. mais c'est sous Henri IV que le domaine fût vendu au seigneur de Montpassier, travaillant au greffe du Parlement de Guyenne. Deux tours de ce premier château sont encore visibles à l'entrée du domaine . En 1655, Jean Montpassier fit construire le château que nous pouvons encore admirer de nos jours. Celui ci fût érigé exactement à la même place que l’ancien. D'ailleurs il se dit que Montesquieu venait souvent en ces lieux rendre visite à son ami Henri Montpassier, petit fils et successeur de Jean, conseiller à la cour de Guyenne. À son décès en 1770, le domaine passa à son neveu, puis, par alliance, à des membres de sa belle famille (Dont je tairais le nom...) Le tout fût vendu lors du second empire à la famille Dautey... Malheureusement impossible d'en apprendre plus...
Bref, me voici enfin sur le toit... Je sors sous le soleil de la fin de cet après midi de printemps. La vue est sublime. Des forêts au lointain, et puis partout, où que je tourne la tête, des vignes. Un horizon de vignes. Pour un peu je pourrais sentir les effluves du raisin en train de murir. Mais il faut que je fasse attention de ne pas me faire repérer par les voisins du château qui sont dans leur jardin, et peuvent à tout moment lever la tête... Je fais quelques photos afin d'immortaliser la vue, les superbes cheminées en pierre, ainsi que la sortie de la tour, et me décide enfin a redescendre. Il va être temps de quitter les lieux. Je décide de prendre l'escalier d'apparat malgré le fait qu'il soit en très mauvais état, et en profite pour faire quelques photos de la superbe rambarde en fer forgé. je retrouve ma petite lucarne donnant dans la cave, et sors dans le parc. Je ne peux pas partir sans aller jeter un coup d'oeil à la piscine. Celle ci est à l'arrière du bâtiment et est cachée derrière une grande haie, comme je l'avais vu sur Google Map. C'est très étonnant de découvrir une piscine moderne à quelques mètres d'un domaine datant du XVIIème siècle. C'est saisissant. Il est maintenant temps de reprendre le chemin bordé de platanes, et de retourner dans mes pénates. Avec la sensation du devoir accompli, et d'une visite décidée au dernier moment qui, malgré le fait que l'intérieur du château soit dans un état catastrophique, étaient fort intéressante.
PHOTOS LAURENT
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